La
flatterie est à l'honneur sous le règne de Louis XIV. Des
flatteurs, La Fontaine et La Bruyère en
dressent des portraits satiriques entre 1669 et 1689 que vous
adorerez relire tant ils vous sembleront d'une incroyable jeunesse
!! On dit de ces deux auteurs que ce sont des « classiques »
mais c'est à juste titre : ils sont finalement indémodables .
Pas besoin de
s'éterniser sur le sens initial très concret du verbe flatter au XIeme
siècle et son passage au sens moral qui arrive très rapidement.
Juste un rappel quand même : de « passer le plat de la
main » (XIIeme, sens concret) à « chercher à
tromper en déguisant la vérité » ( sens moral) on fait
déjà le tour du verbe flatter et de
tous ses glissements !!
Entrons un peu dans le
détail tout de même car l'évolution de flatter
suit des orientations signifiantes qui sont aussi très ( trop)
classiques : de « manier
avec douceur » ( euh … c'est abusif pour
notre sujet !!) on arrive vite «
à traiter avec trop d'indulgence » ( de fait..)
puis peu de temps après au XVIIeme le verbe signifie généralement
« encourager avec une
complaisance blâmable »... et on trouve aussi
ces sens tout aussi négatifs «
tirer l'orgueil de » ou encore «
faire paraître plus beau » ( nos moyens de
communications modernes ne sont pas moins efficaces que ceux du
monarque avec ses artistes d'état : Lully, Lebrun, Rigaud pour
faire rayonner une idée de « prestige », ils sont justes
moins convaincants d'un point de vue esthétique).
D'aucuns ont pourtant cru que la main c'est en pleine gueule qu'il la prendrait (car on hésite aussi sur l'étymologie...Alain Rey propose ce sens initial issu du francique flatjan « jeter à plat » ) mais rassurons-nous ( ou pas) les approches du despote se sont nettement adoucies depuis quelques temps, et il arrive qu'il bout en dedans après s'être risqué à violenter ses égaux , voire de très jeunes !!! Pour se faire ( bien) aimer ( un peu) il opte donc pour la flatterie : cette démarche consiste à « procurer une vive satisfaction » à ceux dont il espère un retour... Pour des questions de moralité, nous ne chercherons même pas à exposer de quel retour il s 'agit.
Mais la forme verbale
peut aussi être réflexive : on peut donc aussi se
flatter... et aussi être flatté de
flatter . Sur cette construction réflexive il nous semble
inutile de proposer une quelconque développement sémantique, un bon
psy sera plus efficace auprès de l'intéressé.
Enfin, avec une pensée
pour nos bacheliers qui préparent leur bac de français, nous
proposons de réviser les figures de style avec ces quelques
exemples:
« Flatter
l'intérêt général » : c'est un oxymore et un contresens.
«Mettre à jour des tableaux
d'avancement » : c'est une litote.
« Ne pas savoir » : c'est un
euphémisme en contexte.
«Oui... mais non » : c'est une
antithèse, sans aucun doute et même une anaphore depuis plus d'un
an.
« Voter comme un seul homme »:
c' est une comparaison et aussi une anaphore et même une redondance.
« Flatter ses
électeurs » : c'est un pléonasme en contexte.
Enfin, entrainement à la dissertation
à partir de cette citation :
« Un dictateur est
asservi également de l'opinion publique qu'il flatte
et qui le mène » ( Jacques Chardonne L'amour
du prochain 1932) : pourquoi est-il nécessaire ,
encore à ce jour, de défendre la démocratie?




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